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Amazonie: la forêt qui cache les autres arbres

Amazonie: la forêt qui cache les autres arbres

L’État brésilien a engagé des hostilités contre son pays, contre l’homme et la Nature, en concédant une vaste partie de l’Amazonie à l’exploitation minière. Mais, derrière l’exubérante mère végétale et ce projet hautement ravageur se cachent bien d’autres diableries. C’est un peu l’apéritif, avant le festin.

Rappelez-vous. En novembre 2015, la rupture d’un barrage minier dans l’État de Minas Gerais a décimé le Rio Doce. 40 millions de tonnes de boue chargée de métaux lourds se sont déversées dans le fleuve, en ravageant la faune et la flore sur plus de 600 km jusqu’à la mer, affectant 22 bourgades, rayant le village de Bento Rodrigues de la carte et provoquant la mort de 19 personnes.

Août 2017, la justice suspend les poursuites contre les responsables d’une catastrophe qui était prévue.

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À São Paulo cette fois-ci, fin août 2017, le ministre de la Justice Torquato Jardim révoque, par arrêté ministériel, l’extension du Territoire Indien (TI) de Jaraguá de 530 hectares, situé au nord-est de la capitale pauliste. Actuellement, près de 700 Indiens vivent dans des conditions plus ou moins précaires sur le plus petit TI du Brésil qui s’étend sur 1,7 hectare.

Pour la petite anecdote, les deux fils du ministre de la justice, issu de l’oligarchie brésilienne, ont suivi un autre chemin que celui de leurs aïeux, puisqu’ils ont formé le boys band rock and roll pour adolescentes fiévreuses, les Scalene. Bon d’accord, j’exagère. Je vous laisse découvrir le titre au message subliminal, Legado – héritage en français – tiré de l’album Éter.

Rio Doce, Jaraguá et bien d’autres projets indiquent aujourd’hui que le Brésil est pris en otage par un pouvoir économique aux pratiques qui rappellent à bien des égards le syndrome hollandais. En d’autres termes, il s’agit d’une société qui décide de puiser dans ses ressources naturelles en vue de les exporter, au détriment de son développement industriel.

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Amazonie

4 millions d’hectares de somptueux espaces naturels seront sacrifiés sur l’autel de la croissante (les exportations minières représentent 4% du PIB et ont connu un léger fléchissement en 2016, en raison de la rétractation du marché chinois; c’est beau).

Située entre les États d’Amapá et du Pará, la région visée par l’exploration minière équivaut environ à la superficie du Danemark. La source provenant de WWF Brasil, j’imagine que le type derrière l’infographie était un stagiaire danois. On pourrait citer, encore, l’Estonie (45000 km2) – bon, ok c’est pas facile à situer sur une carte – ou le département de la Haute-Corse (46000 km2).

La réserve «Renca» comparée au Danemark, source WWF Brasil.

La Réserve Nationale de Cuivre et Associés (la RENCA) – je vous jure, c’est la véritable dénomination d’un écosystème exceptionnel et d’une probable beauté naturelle à vous détacher les chicots – a été créée en 1984, pendant la dictature militaire. On comprend sans doute ici la pensée matérialiste portée sur l’objet tant convoité. Selon les études géologiques réalisées, la réserve naturelle abriterait de grandes quantités d’or, de cuivre, fer et manganèse.

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Les petites affaires

Les entreprises du pays des caribous sembleraient très friandes de ce marché prometteur, puisque une trentaine d’entre elles sont déjà implantées au Brésil dans le secteur minier. En réalité, avant l’amendement de l’actuel gouvernement, la prospection et l’exploitation de certaines zones de la RENCA étaient réservées aux entreprises et instituts brésiliens.

Aussi, au milieu de ces petites magouilles amazoniennes, on découvre les intérêts de la famille Romero Jucá. Le sénateur (PMDB, droite) est un proche compère de Michel Temer, le président du Brésil.

Entre 1986 et 1988, Romero Jucá est nommé président de la FUNAI (Fondation des Indiens). Alors en poste, il délimite le territoire indigène des Yanomami, en réduisant de 75% les 10 millions d’hectares approuvés par cette même institution en 1985. Le reste de la région devient alors un «parc national», ouvert à l’extraction de bois et de minerais.

D’après la Commission de la Vérité, Jucá est responsable du génocide des Indiens Yanomami, étant donné qu’il a laissé les chercheurs d’or envahir les terres indiennes, avec leurs lots de maladies qui ont pratiquement décimé ce peuple.

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Une expédition menée par Sebastião Salgado en 2014, le célèbre photographe brésilien, témoigne des malversations des cabales politiques. Dans la bouche des Indiens, Jucá est un «esprit malin», comparable aux «fumées cannibales», allusion aux machines des chercheurs d’or qui, dans la cosmologie Yanomami, arrachent de la terre ce qui devrait y rester.

Accusé de corruption dans plusieurs affaires, dont celle du «lava jato» – lavage express, en français – Jucá a dû abandonner ses postes de ministre chargé des Retraites en 2015, puis de l’Aménagement du territoire en 2016. La divulgation d’une écoute téléphonique entre lui et l’ex-ministre la transparence (c’est pas une blague, ça existe au Brésil) laisse penser que l’impeachment de Dilma Rousseff aurait été conspiré pour «arrêter l’hémorragie» et faire un «pacte» en relation à l’enquête de corruption «lava jato».

Mais, ce n’est pas tout. La fille de Jucá, Marina, est l’associée majoritaire de l’entreprise minière Boa Vista dont les yeux portent sur 90 mille hectares situés dans la RENCA.

Comme l’explique Michel Temer:

Vous savez, la RENCA, ce n’est pas le paradis.

Quelques mois auparavant, il se demandait “pourquoi Dieu l’avait mis là” – à la présidence -, la veille où le procureur de la République demandera l’ouverture d’une enquête pour corruption à son encontre (les députés voteront contre la procédure quelques mois plus tard).

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Les Indiens d’Amazonie

En plus de la menace que fait peser cette décision sur un site exceptionnel, trois tribus indiennes sont directement touchées par ce projet au goût déjà amer: les Waiapa (dans l’État d’Amapá), les Aparai et Wayana (dans l’État du Pará) – je sais, c’est pas facile à dire.

Toutefois, les nouvelles mesures contrediraient la constitution brésilienne de 1988 qui reconnaît les Indiens et leur droit inaliénable aux terres traditionnellement occupées.

De plus, le Brésil a signé en 2002, la convention de l’Organisation Mondiale du Travail, relative aux peuples indigènes. C’est d’ailleurs le seul instrument juridique international qui reconnaît les droits collectifs à la terre et à l’autodétermination d’un peuple.

La France n’est pas signataire, car il serait nécessaire de modifier la constitution afin de supprimer les références à l’égalité du citoyen devant la loi et à l’individualité de la République. Ça laisse songeur, heureusement que l’Amazonie et les Indiens ne se trouvent pas en France. Imaginez tout un tas de villages gaulois, des Bretons et des bigoudènes au milieu des champs de la République.

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Le territoire Indien de Jaraguá

De l’Amazonie aux périphéries des centres urbains, la situation se répète et aggrave le sort des Indiens. Au Pic de Jaraguá, un site touristique situé près de la mégalopole de São Paulo, deux villages Indiens sont menacés par un arrêté ministériel

En 2015, la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien) valide la création d’un territoire en faveur d’Indiens Guarani qui vivent dans la région de Jaraguá, près de São Paulo. Mais ce 21 août 2017, la décision a été annulée par le ministère de la Justice pour «vice administratif».

Territoire Indien de Jaraguá validé par la FUNAI, source: Carta Capital

Pour comprendre la procédure de délimitation des Territoires Indiens, voici un très court aperçu du long périple: La FUNAI nomme d’abord une équipe d’études (géographe, ethnologue, etc.). Ensuite, l’institut confirme ou non la demande qui passe alors par le ministère de la Justice (la FUNAI est sous la tutelle de ce dernier). Enfin, c’est au président de la République d’homologuer le Territoire Indien. Pour aller plus loin: Des Indiens dans la ville, les Pankararu.

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La situation des Indiens Guarani de Jaraguá

Environ 700 Indiens Guarani, dont 400 enfants vivent au milieu de ces tractations politico-judiciaires. Au cours de l’histoire moderne, leurs terres ancestrales ont été coupées en deux lors de la construction, en 1978, de l’autoroute des Bandeirantes qui relie l’intérieur de l’État de São Paulo à la mégalopole. Une route goudronnée menant au Pic de Jaraguá sépare également les deux villages. Celui du bas, Tekoa Ytu, le plus ancien est composé d’une population vivant dans des conditions plus favorables que celui du bas, plus récent, Tekoa Pyau.

Étant donné la pression urbaine et industrielle, le mode de vie des Guarani est particulièrement touché. Et, bien qu’ils aient réussi à conserver leur propre culture, à travers la langue, la musique et leurs croyances, ils n’ont plus aujourd’hui l’espace nécessaire afin de subvenir à leurs besoins alimentaires et médicinaux, tout comme ils ont perdu les sites naturels attachés à leur cosmologie.

Les plantations d’eucalyptus, (ou le charbon de nos barbecues) situées plus en amont ont tout simplement épuisé les cours d’eau. De même, les Guaranis ne peuvent plus construire les habitations traditionnelles en terre, car ils n’ont plus accès aux ressources nécessaires.

En conséquence, les Indiens de Jaraguá sont stigmatisés et marginalisés aux portes de la mégalopole, temple du développement occidental.

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Les dessous des cartes

Le projet du Territoire Indien de Jaraguá est visé par deux procédures juridiques. La première a été déposée par le supposé propriétaire des terres sur lesquelles se sont installés les Guarani. La seconde vient de l’État de São Paulo, alléguant ne pas avoir été associé au processus de démarcation. Initialement, le TI prévoyait 532 hectares, dont 56% de sa surface recouvrant le parc national du même nom, qui est lui géré par l’État de São Paulo. Or, le gouverneur Geraldo Alckim (PSDB, droite) a lancé un grand projet de privatisation de l’ensemble des 25 parcs nationaux. Le texte indique, en outre, l’ouverture des parcs aux exploitations touristiques, forestières et de sous-produits. Comme l’explique le secrétaire à l’environnement, Ricardo Salles:

L’arrêté ministériel est une bonne nouvelle, car cela va permettre de débloquer le projet de privatisation du parc national de Jaraguá.

L’intérêt d’investissements privés représente sans doute une opportunité pour l’État, mais en retirant le droit des Indiens à leurs terres ancestrales et en les écartant des projets en perspective, le Brésil marginalise davantage la situation de ces derniers.

Coniupuyara

Pour se détendre, un groupe de métal venant des confins de la forêt vierge, Miasthenia, qui rend hommage aux Amazones.

Traduction de l’introduction

En 1542, le prêtre Gaspar de Carvajal faisait partie de l’expédition menée par Francisco Orellama, sur le fleuve-mer, à la recherche des trésors de l’Eldorado. Son témoignage est peut-être le seul provenant d’un homme qui prétend avoir vu et combattu les Amazones. L’aventure prit fin lors d’une sanglante bataille entre les chrétiens et les féroces Coniupuyara, une puissante nation de femmes guerrières.

En ces terres fabuleuses où la mythologie devient réalité, les Amazones ont donné leur nom au plus grand fleuve de la planète.

Prières Indiennes, São Paulo, 2017

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Photographies: Vincent Bosson

Photographe freelance

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Vincent Bosson est photographe freelance installé à São Paulo.

Réalisation de reportages dédiés aux événements, médias et entreprises. Séances photo pour books et portraits.

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One thought on “Amazonie: la forêt qui cache les autres arbres

  1. Parabéns pela matéria. Muito bonita as fotos.
    É importante compartilhar as lutas dos nossos parentes indígenas, a população brasileira deve saber que não somos sustentados pelo governo, que ao contrário querem tirar oque é nosso por direito. #dermacaçaoJá

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