Brésil: une élection fascinante

Pendant que les merles à ventre roux murmurent leurs mélodies bohèmes, les frangipaniers se dressent avec élégance, laissant s’évanouir leurs parfums vanillés. Dans les tropiques, c’est le printemps et dans les rues, c’est l’émulation. Les élections brésiliens électrisent toutes les passions, une ambiance infernale plane sur le pays de la samba. Jair Bolsonaro, dit le “capitão”, un ancien capitaine de l’armée se trouve au porte de la Présidence de la République, tandis que Lula, autant haïe qu’adoré, purge une peine de prison pour corruption, à la suite de sa condamnation par le juge Morro, dans l’affaire d’un triplex situé sur le littoral pauliste. Lula le prisonnier était en tête dans les sondages avant que la justice ne rejette définitivement sa candidature au motif de la “ficha limpa”, qui écarte les personne condamnées au suffrage. C’est finalement Fernando Haddad, l’ancien maire de São Paulo, qui prendra le relais dans cette folle course au pouvoir, malgré les quelques casseroles qu’il traînent derrière lui.

Le 6 septembre 2018, le “capitão” est victime d’un attentat au couteau qui lui atteint l’estomac. “Qui sème le vent, récolte le tempo”.  Cet évènement va renforcer son image de sauveur de la patrie, mise en scène sur de nombreux T-shirt vendus dans les rues brésiliennes.

Manifestation en faveur de la liberté de Lula, 8 septembre 2018

“Lui, non”. Le “capitão” est comparé à Hitler. Avec son discours de haine, hostile au dialogue, usant des tactiques de guerre pour créer la terreur et la désinformation, il semble que la comparaison soit opportune, même s’il s’affiche aujourd’hui aux côtés des ultra-libéraux.

Cette série de photo a été réalisée les 20 et 21 septembre 2018.

Un groupe de femmes percussionnistes en faveur de Fernando Haddad (PT) et de sa vice-présidente Manuela d’Avila (PCdoB, parti communiste brésilien), arborant les couleurs rouges du Parti des Travailleurs.

Une manifestante vêtue d’un masque représentant le visage de Lula.

“Je lutte, tu luttes, nous battons Bolsonaro”.

Différents groupes politiques de la gauche brésilienne se sont rassemblés, comme le MRT, le Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs.

“La caixa 2” est une expression pour signifier que des ressources financières n’ont pas été déclarées aux pouvoirs publiques. Le “capitão” aurait usé de l’appui d’entrepreneur sans scrupule pour financer une campagne de désinformation sur la messagerie WhatsApp, utilisée par une grande majorité de Brésiliens dans le quotidien, pour leur commerce ou encore pour s’informer. Il s’agit le plus souvent de contenus nébuleux et de fausses informations. Quant au terme “B171”, il fait à la fois référence au numéro du “capitão” qui est en réalité le 17 et à un article du code pénal brésilien portant sur l’escroquerie. L’expression est devenue populaire pour désigner quelqu’un de menteur et indigne de confiance.

La manifestante rappelle l’assassinat de Marielle Franco à l’arme à feu de mars 2018, une députée noire de Rio. Depuis plusieurs semaines, les violences politiques se multiplient, comme l’assassinat de Mestre Moa, un maître capoeiriste respecté du nord-est du Brésil qui a été poignardé en raison de son soutien au PT.

Mouvement des LGBT Sans Terre.

Poupée gonflable du Général Mourão, le vice-président du “capitão”. Ambiance sympa.

Vendeur d’accessoires, dont le T-shirt “Mon parti est le Brésil”.

Papi et mamie souffrant d’alzheimer se sont enfuis de la maison de retraite. Avec une pilule de viagra dans la poche, l’octogénaire compte bien se violer une petite pas trop moche (le “capitão” a tenu des propos similaires en s’adressant à une député). En arrière plan, le camion-son du mouvement “Vem para rua”, libéral avec un discours modéré, rappelle son soutien à l’opération Lava Jato, une affaire de corruption impliquant la majorité des partis politiques et de nombreux entrepreneurs brésiliens.

“Le capitão” pixélisé”, une banalisation du rejet et de la propagande, de la réthorique religieuse et de l’autoritarisme.

Comment s’isoler des ondes perturbatrices

João Doria, l’actuel maire de São Paulo se présente au poste de gouverneur de l’état. Surfant sur la vague nauséabonde qui plane sur le pays, Doria affiche son soutien à Bolsonaro.

Poupée gonflable de Lula en tenue de prisonnier en arrière plan, avec une foule en liesse criant sa colère contre le Parti des Travailleurs.

Un couple homosexuel pratiquant sans doute le sadomasochiste. Le “capitão” a déjà dit qu’il n’allait pas se battre contre l’homosexualité, mais s’il voyait deux hommes s’embrasser dans la rue, il irait les éclater.

Bolsonaro va-t-il mettre KO le Parti des Travailleurs, Haddad et Lula?

Des électeurs lors de la manifestation.

No comment.

Les réseaux sociaux ont été utilisé massivement lors de cette élection brésilienne.

Le “bozominion”, sobriquet qui désigne les électeurs du “capitão”, croit dur comme fer que les urnes électroniques sont truquées (certains pensent même qu’elles ont été fabriquées au Vénézuéla). Le Bozo tient également un ballon sur lequel est écrit: “Fini le système de corruption au Brésil”.

“Il est préférable de commencer à s’habituer”, jeu de mot entre le prénom de Bolsonaro “Jair” et “jà ir”, c’est-à-dire, “commencer à”.

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