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Commémoration de Yemanjá

Yemanjá, la déesse des mers et protectrice des naufragés

Le soleil vient de fondre à l’horizon, comme mon açaï d’ailleurs, et j’entends maintenant au loin les tambours de la procession qui s’approche peu à peu de la plage. Je m’arrête un instant pour observer un jeune homme enturbanné d’une coiffe et habillé d’une toge blanche qui brûle de l’encens en guise de préparatifs à la commémoration. À travers ces gestes hésitants, je perçois la même fébrilité qui me traverse ; l’odeur de l’encens et les embruns de la mer portés par les vents me laissent entrevoir toutes les perspectives.

Comme tous les 2 février, les Brésiliens rendent hommage à Yemanjá, la déesse des mers et protectrice des naufragés.

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Drapé de blanc et de colliers de couleurs, marchant au rythme des percussions et des quantiques, le cortège avance gaiement jusqu’à la plage où il se sépare en différents petits groupes qui se dirigent alors vers le terreiro, lieu de culte où se dérouleront les cérémonies de chaque « maison ». Chinelos à la main, je suis des robes blanches qui se glissent l’une après l’autre sous la tente au sol sacré. Les fidèles s’installent alors autour du congá, un autel où se trouvent diverses représentations de divinités, et les musiciens commencent à jouer des atabaques.

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Le candomblé

Yemanjá est un véritable voyage à travers les océans et l’histoire, à la rencontre des religions et des hommes. « C’est la mère de tous les poissons », m’explique une vieille dame aux yeux pétillants qui est assise dans l’assistance.

Elle veille sur tous ses enfants

Alors que je lui pose une autre question et qu’elle fait mine de ne pas comprendre, un peu comme ma grand-mère, avec le même regard plein d’étoiles, qui ne comprend seulement ce qu’elle a envie d’entendre. Avec la vieille dame, je commence peu à peu à découvrir les mystères qui entourent le culte religieux du candomblé.

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Lié aux esprits des ancêtres, le culte prend ses origines dans l’Afrique ancestrale, avec son panthéon de héros et de dieux : l’Odyssée africaine. Malgré ses apparences, le candomblé est une religion monothéiste.

« C’est pendant la traite des esclaves que le candomblé s’est enraciné au Brésil », continuera la vieille dame. Elle m’expliquera ensuite que ses croyances et rites ont évolué au cours du temps, en fonction du contexte socio-historique. C’est au XVIIe siècle que l’esclavage, qui existait déjà entre l’Afrique, se développe de manière exponentielle avec l’arrivée des Européens sur ce « marché ».

« Ils ont travaillé dans les champs de canne à sucre, de café et dans l’extraction de l’or et de diamants notamment. Mais les familles d’esclaves ont été séparées, il était donc difficile de faire vivre ces coutumes collectives. De plus, les colons portugais ne voyaient pas d’un bon œil ces pratiques animismes. C’est ainsi que les esclaves ont commencé à associer chaque orixá africaine, qui est également liée à un élément de la nature, à un saint de la région catholique, dissimulant alors leurs véritables croyances ». Par syncrétisme, Yemanjá est représenté par la figure de Notre Dame du Rosaire.

La vieille dame m’apprendra également que le candomblé est lié au maître des lieux, or, étant donné le voyage forcé vers de nouvelles terres, ce lien avec les ancêtres est arraché. « C’est pour cette raison que dans le candomblé au Brésil, nous avons, par exemple, le caboclo, l’esprit indigène, qui représente l’ancêtre de ces terres ».

À Salvador, la célébration se déroule depuis 1923, sur la petite plage de Rio Vermelho, lorsqu’un groupe de pêcheurs a commencé à faire des offrandes et demander à l’esprit de la mer une pêche plus fructueuse. Avec la bénédiction de l’église, le rituel dédiabolisé devient alors très populaire. À Rio de Janeiro, Yémanja est célébré le 1er janvier.

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La cérémonie

Je sens maintenant l’effervescence de l’atmosphère. Des grains de sable me collent entre les doigts de pieds – j’espère qu’il ne s’agit pas d’un ancêtre venant me chatouiller les orteils –, mais mon regard reste plongé dans le spectacle qui se tient devant moi.

Les médiums et leurs assistants commencent par prendre des bains d’herbe pour entrer en harmonie avec le monde spirituel. Puis, le pai-de-santo, ou la mãe-de-santo, appelé également Babalorixá, qui orchestre la cérémonie, demande protection auprès des orixás et, dans un amas de fumée aux odeurs d’épices, il passe dans le public et les participants pour préparer l’arrivée des entités divines. Pendant toute la cérémonie, les danses, chants et sons de percussions se mélangent à la frénésie de l’ambiance électrique, jusqu’à ce que le Babalorixá et les médiums entrent en transe. L’orixá, qui est une énergie liée à un élément de la nature, se manifeste alors en les incorporant. L’au-delà est ainsi en lien avec le monde terrestre.

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J’aperçois maintenant des files indiennes qui se détachent des différentes « maisons ». Curieux, je m’approche de l’une d’elles.

Nous venons demander conseil aux esprits

Me répondit une femme aux boucles d’oreilles en forme de girafe. Au même moment, une dame déguisée en Indienne s’arrête devant moi et me parle dans un dialecte qui m’était inconnu. J’hésite à lui prononcer le seul mot que je connais, à peu près, dans un patois Haut-Savoyard, mais, à la dernière minute, je me rebiffe. Un peu nerveux par cette soudaine présence, je me sens soulagé au moment où elle s’adresse à la femme aux boucles d’oreilles en forme de girafe et, en fonction de ses gestes, je comprends qu’elle l’invite à la rejoindre.

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Les offrandes

Une à une, chaque « maison » se rend jusqu’à la mer et réalise alors des offrandes à Yemanjá. De petits bateaux chargés de fleurs, de savons, de parfums et de bijoux sont jetés à l’eau et tanguent sur les vagues jusqu’à ce que Yemanjá accepte le cadeau.

De nombreux fidèles viennent également déposer des roses et, dans l’obscurité, au fur et à mesure que je suis le cortège jusqu’à la mer, je commence à sentir une multitude de branches pleines d’épines qui s’entrelacent autour de mes chevilles. La sensation peu agréable et imaginant déjà m’écorcher à vif, je décide de sortir des écumes qui ramènent certaines fleurs sur le rivage. Alors que je réussis à revenir sain et sauf sur la terre ferme, je me rappelle les mots de la vieille dame qui me racontait que si les fleurs sont rejetées sur le sable, c’est un mauvais présage.

Reprenant mes esprits après cette expérience épineuse, je distingue au loin une autre « maison » qui descend jusqu’à l’océan. Après avoir effectué leurs offrandes, toute la troupe se dirige joyeusement vers la tente, à la queue leu leu, jouant et chantant à tue-tête, certains le pouce dans la bouche, d’autres mastiquant des bonbons. Tout d’un coup jeté dans un nouvel univers de féérie et de jeux d’enfants, j’emboite le pas à un homme charpenté et, au moment où je m’apprête à le dépasser pour lui poser une question, il se retourne et me regarde avec un large sourire, une sucette à la bouche. Un peu déconcerté, je fais mine de m’excuser, et me presse devant lui. Je le retrouverais plus tard une bière à la main.

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Les pretos velhos

« Il s’agit des pretos velhos. Ce sont des divinités purifiées des anciens esclaves africains », m’explique-t-il. Dans l’umbanda en particulier, on distingue cinq niveaux archétypaux : les enfants, ils représentent l’innocence et la pureté. Les caboclos, ils représentent la force et le courage. Les pretos velhos, qui correspondent aux personnes âgées, aux esclaves, aux oncles, aux grands-pères, etc. et représentent le savoir et l’humilité.

Enfin, Exus, les esprits les moins évolués et les Pomba Giras, son équivalent féminin. Les pretos velhos donnent des conseils sur les dilemmes spirituels et psychiques, alors que le caboclo est maître dans la cure, avec l’utilisation de feuilles et d’herbes. C’est pour cette raison que certains fidèles actent tantôt comme des personnes âgées, arque-boutées, le visage marqué, tantôt comme des enfants, joyeux et innocents.

Avant de quitter de mon hôte, il souhaite me présenter le Babalorixá de la « maison » à laquelle il appartient. C’est un homme fort, le regard tranquille et souriant. Sur les réseaux sociaux, une polémique avait retenu mon attention : la couleur de peau de Yemanjá. Le Babalorixá me répondra gentiment : « Le peuple traditionnel exprime l’importance de représenter une Yemanjá noire afin de comprendre la communauté dans son histoire et son identité, mais Yemanjá est noire, blanche, elle est énergie, elle est la mer ».

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Photographe freelance

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Vincent Bosson est photographe documentaire installé à São Paulo.

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