Vincent Bosson Photography

Destitution de Dilma Rousseff et répression

Des manifestations violemment réprimées

L’air est statique. Les hélicoptères tournoient au-dessus de la Paulista dans un vrombissement pétrifiant et une volée d’oiseaux s’étirent dans l’horizon déjà sombre. Devant la perspective vertigineuse de l’avenue et de l’atmosphère électrique, je découvre la nouvelle pièce de théâtre qui va se jouer dans quelques instants.

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Après une longue et rocambolesque procédure politico-mafieuse, Dilma Rousseff est définitivement écartée du pouvoir. Les nombreux mouvements populaires qui ont émergé pendant le processus de destitution font appel à manifester dans les rues. Parmi eux, je rencontre autant des partisans de Dilma Rousseff que des personnes qui ne reconnaissent tout simplement pas la légitimité du nouveau président Michel Temer.

Mais, à l’ambiance bonne enfant et pacifique qui caractérise les manifestants brésiliens, les autorités ont répliqué par une violente répression. Le sambodrome s’est alors transformé en un véritable champ de bataille.

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Politique et musiques brésiliennes

D’un côté de l’artère urbaine se trouvent la FIESP (Fédération des Industries de l’État de São Paulo) et les partisans de l’impeachment qui célèbrent la destitution de Dilma Rousseff. De l’autre, le MASP (Musée d’Art de São Paulo) surplombe une grande esplanade avec ses manifestants qui protestent contre le nouvel échiquier politique.

Parmi les vainqueurs, je rencontre probablement le pire des supporters: genre mélange nauséabond de doctrine religieuse et militaire. Entre les partisans pour le retour à la dictature et des affiches aux propos visant le rejet de l’autre, un air d’étrangeté plane sur ces festivités. J’ose imaginer qu’ils ne représentent qu’une infime partie de la population souhaitant de départ du PT (Parti des Travailleurs) et de Dilma Rousseff.

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“Varre, varre vasourinha”

Près de la marionnette géante de Dilma déguisée en Robin, je découvre cette première affiche qui fait référence aux paroles de la musique de campagne de Jânio Quadros, élu Président de la République en 1960. Son mandat dura seulement quelques mois, provoquant une crise politique qui mena le Brésil vers la dictature militaire de 1964. Avec  “Varre, varre, vasourinha, ou ‘Balaie, balaie, petit balai”, le message politique de l’époque visait à mettre fin à la corruption. Toutefois, le sympathisant détourne les paroles et je vous en livre sa traduction, brute et dénudée de sens, sauf pour son auteur:

J’ai honte de voir des Japonais donnés des cours de culture à nos (compatriotes) Brésiliens. Ça me fait penser à la musique “balaie, balaie, petit balai, nous devrions rajouter: balaie, balaie Japonais la saleté du Brésil.

Pour éclaircir ces quelques mots d’intolérance, notez que le Brésil accueille la plus grande diaspora japonaise.

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“Afasta de mim esse calice”

À l’autre bout de la Paulista, les manifestants protestent contre le nouveau président Michel Temer. Avant de prendre la direction du Centre de la ville, le long cortège passe devant l’une des dernières demeures coloniales, la villa Franco de Mello, construite en 1905, pour le compte d’un baron du café.

Dans la foule, une nouvelle affiche attire mon attention: “Afasta de mim esse calice” ou “Éloigne-moi de ce calice”. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit des paroles d’une chanson interprétée par Chico Buarque et Gilberto Gil en 1973. Au cours du spectacle, leurs micros sont coupés, censurés par la dictature. L’auteur joue avec les mots pour dénoncer l’oppression et le manque de liberté d’expression: “calice” ou encore “cale-se” qui signifie “tais-toi”.

Il fait enfin référence aux écrits bibliques, reprenant le passage de la cène pendant lequel Jésus Christ aurait dit la déclaration suivante: “Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi”. Dans le christianisme, le symbole de la coupe apporte différentes interprétations selon le contexte. Elle peut être salutaire comme funeste.

La coupe de Chico Buarque était “amère”, comme celle d’une partie des Brésiliens aujourd’hui.

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Texte et photographies: Tous droits réservés Vincent Bosson

Photographe freelance

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Vincent Bosson est photographe documentaire installé à São Paulo.

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