La Madone de São Paulo, Vincent Bosson Photography

La Madone de São Paulo

Temps de lecture: un petit verre de vin chaud. La Madone de São Paulo est une œuvre murale réalisée par les artistes INTI et Alexis Diaz, lors du festival «O. Bra» en 2015. La fresque, qui se situe sur les bordures de la vallée d’Anhangabaú, mêle iconographie religieuse et street art. Petite ballade artistique dans le Vieux Centre de São Paulo.

La fondation de São Paulo revisitée

Imaginez-vous quelques siècles plus tôt. Le 25 janvier 1554 exactement. Le jour de la fondation du village de São Paulo par des jésuites, construit en haut d’une colline surplombant la rivière d’Anhangabaú, où des Indiens batifolaient tranquillement avant d’être évangélisés et esclavagés. Cette date coïncide avec la célébration, par l’Église catholique, de la conversion religieuse de l’apôtre Paul.

En outre, à quelques encablures du site historique, la Madone de São Paulo reprend les codes religieux liés aux fondements de la cité pauliste. Le graffiti, divisé en deux parties, interpelle le flâneur par un hymne à la vie célébré par INTI d’un côté, et la mort représentée par Alexis Diaz de l’autre.

Le premier est Chilien (INTI signifie «soleil» en langue andine). Il puise son inspiration dans le folklore sud-américain, notamment avec le Kusillo, que l’on retrouve dans toutes ses oeuvres. Personnage issu de la culture bolivienne, il s’agit d’un petit clown de carnaval habillé de patchwork en tissus. Le second est Portoricain. Alexis Diaz travaille avec de petits pinceaux et de l’encre afin de créer des univers fantasmagoriques, le plus souvent monochromatiques. Dans un entretien pour le site verynearlyalmost, l’artiste expliquera sa manière de penser son oeuvre:

Je crée des combinaisons d’animaux selon l’écosystème de l’endroit

Vidéo de présentation du festival O.Bra

La Madone détournée

Les deux artistes sud-américains détournent l’iconographie religieuse et apportent un nouveau regard qui tend à interroger passé et futur. Passage subtil du trait au fuseau à celui d’une bombe de peinture ou de l’art religieux à celui du street art.

De fait, les artistes se sont inspirés de la sculpture de Sainte Thérèse d’Avila qui est abritée dans la chapelle Cornaro de Santa Maria della Vittoria à Rome. Drapée sous des plis gothiques, elle tient dans sa main une flèche, symbole de la puissance divine. Il s’agit d’une représentation de la transverbération qui désigne «le transpercement spirituel du cœur par un trait enflammé», autrement dit, l’amour du Christ.

La Madone de São Paulo, quant à elle, tend une flèche vers un cœur gris métal. Le cœur n’est pas entouré de flammes et ressemble plus à un appareil mécanique qu’à un organe vivant.

Les artistes rompent avec le principe religieux afin d’interroger cet héritage à travers le véritable amour dans la vie contemporaine. En observant l’extrémité de la flèche, on découvre un lys rouge, symbole de l’exaltation de l’amour. Alors que le lys blanc, ou lys de la Madone, représenterait la pureté, la virginité.

São Paulo, Vincent Bosson Photography

Vue panoramique du Vieux Centre de São Paulo. En bas, à gauche, la Madone de São Paulo

Lorsque les auteurs questionnent le vrai amour, j’associe volontiers cette idée à l’univers représenté au niveau de la gorge avec le cinquième chakra: Vishuddha. En sanskrit, il signifie «centre de la purification». Situé au même plan que les pensées, il permet d’exprimer sa profonde vérité et se nourrit de l’éther. Par conséquent, la Madone de São Paulo met en exergue le fait d’être sincère avec soi-même, avec les autres, détaché de tous dogmes et pensées malveillantes.

On notera enfin que le cœur est assorti d’une boussole. Les paulistes auraient-ils perdu le nord? Le guide spirituel de l’homme s’est-il transformé en une machine sans vie ou en un algorithme sans couleur? Ainsi, au milieu des édifices où s’enchevêtrent architectures de style classique et moderne, mysticisme et histoire, la Madone de São Paulo invite à un temps de contemplation et de réflexion.

Photographies et texte: Vincent Bosson

Photographe freelance

Vincent Bosson photography

Vincent Bosson est photographe freelance installé à São Paulo.

Réalisation de reportages dédiés aux événements, médias et entreprises. Séances photo pour books et portraits.

Plus d'informations: Contact


 

Ateliers et balades photographiques

Liberdade 07-04-5Découvrez tous les secrets de la photographie numérique à travers des balades urbaines organisées à São Paulo.

Stage complet pour apprendre et approfondir ses connaissances photographiques.

Plus d'informations: workshop


 

Photographies de São Paulo

Musée à ciel ouvert-9

São Paulo, belle et anarchique beauté

São Paulo, belle et anarchique beauté est une série de photographies dont le thème porte sur la mégalopole brésilienne et le street art.

Pour plus d'informations: São Paulo


 

Related Post

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.