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Manifestation en faveur de Dilma Rousseff

L’ambiance est à son comble et la foule consistante. Suivant de longues banderoles vertes et jaunes qui traversent toute l’avenue, j’arrive devant une dame, un peu boulotte, la joie dans les yeux, sourire aux lèvres, avec une véritable énergie communicative. « Não ao Golpe !» (Non au coup d’état) s’exclame-t-elle, sautillant de gauche à droite comme une enfant qui attend une surprise.

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Photo: « Il n’y aura pas de coup d’état, ce sera la lutte »

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Le CUT

Le réel prend soudain une autre dimension lorsque je réalise que les personnes que je rencontre défilent contre un coup d’État. Pas un coup de pouce, un coup franc, ou un coup de soleil, non, un coup d’État. Plus j’avance, plus l’atmosphère est effervescente et la foule en liesse vibre à chaque phrase que l’orateur à la voix cassée prononce.

Parmi les couleurs du Brésil se détachent des drapeaux rouges, couleur du puissant syndicat de métallurgie dont Lula a été l’un des principaux leaders. Ce n’est pas la CGT, mais la CUT, prononcez « coutchi » et j’ai hâte de tester le syndicaliste brésilien.

Nous nous regardons à plusieurs reprises, comme si nous avions besoin de mieux nous apprivoiser, avant de nous adresser la parole: « Vous manifestez contre la destitution de Dilma, mais son parti et Lula sont accusés de corruption»

Rien n’est prouvé ni contre Dilma ni contre Lula. Et Lula a sorti des millions de gens de la pauvreté !», me répond-il sur un ton ferme.

Et, au fil des rencontres, je perçois toujours cette même ferveur : Lula reste une icône pour une partie de la population.

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Photo: « Globo, Moro, affrontez Lula dans les urnes »

« Globo, golpista ! »

Tout autour de moi, les gens festoient, dansent, chantent et scandent des slogans au rythme des batteries qui paradent à travers les manifestants. Parmi les pancartes, l’une d’elles attire mon intention : « Globo, golpista ! ». Le jeune homme, d’une vingtaine d’années, aux cheveux longs et noirs, casquette vissée sur la tête, me lance un regard ténébreux, genre Darkwador et la force obscure. Un peu sur la défensive et découvrant que je ne suis pas un espion du KGB, il m’expliquera que, selon lui, Globo, une chaîne de télévision très populaire au Brésil, est en faveur de l’impeachment et derrière la propagande contre le gouvernement Dilma.

En France, la seule chose dont je me souvienne de Globo International, c’est une publicité géniale provenant du Portugal : « Essayez la « baba de caracol » ( bave d’escargot) pour vos rhumatismes !

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Photo: « Je ne suis pas un bandit, je suis un travailleur et je suis ici pour défendre la démocratie »

Le Ceará: la Sibérie du Brésil

Reprenant mon chemin, je remarque un vendeur ambulant qui semble complètement congelé, habillé d’une veste fermée jusqu’au menton. Une petite brise s’est levée, mais la température est agréable pour cette fin d’été. Je lui demande une Skol, une bière au maïs transgénique. Il n’en a plus, je me contenterais d’une Heineken.

Il m’expliquera que cela fait un mois qu’il est arrivé dans la mégalopole, il vient du Ceará. « Là-bas, tu sais, il fait vraiment très chaud toute l’année. Tu ne peux pas sortir l’après-midi, le soleil te brûle la peau. Mais, ici, il fait froid, en plus, avec les canettes gelées que je vends, je suis frigorifié ! » Je ne peux pas m’empêcher de lui répondre par un sourire. Si pour moi São Paulo évoquait plutôt une cité tropicale, pour Reginaldo, c’était la Sibérie.

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Photo: « Le gouvernement toucano vole la Merenda des enfants, c’est un crime ». Le PSDB est accusé dans l’état de São Paulo d’avoir détourné l’argent destiné aux cantines scolaires.

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Dans le Ceará, il travaillait dans le bâtiment et gagnait 120 réais par semaine. «  Mon rêve, c’est de devenir coiffeur », me confie-t-il.

C’est où la France ? C’est le dollar là-bas ?

On échangera longuement sur l’un et l’autre, moi-même ne sachant rien sur l’état du Ceará, un état qui se trouve au nord-est du pays. À l’écouter, il me plonge dans le décor du film « Cinema, aspirina e urubus » de Marcelo Gomez, où les premières scènes éblouissantes traduisent la vie difficile du sertão (région du brésil au climat semi-aride), avec ces paysages arides et secs, au sol craquelé de toute part et soleil de plomb.

Finissant enfin ma bière fraîche, je laisse derrière moi le son des batteries qui s’évanouissent maintenant au loin.

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Photo: « Il n’y aura pas de coup d’état, il y aura des noix de coco »

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