Musique, rapé et futurisme indiens

Yby Festival

Le premier festival de musique consacré au futurisme indien a eu lieu à São Paulo, alors que planent dans le ciel brésilien d’épais nuages cendres et soufflent des embruns du même parfum. La scène musicale indienne est traversée par différentes revendications liées à l’identité et aux territoires indiens sans cesse menacés, ainsi que par des chants traditionnels qui célèbrent la vie, la tolérance, la fraternité. Il faut sans doute un peu de tout cela. Yby festival a été organisé par Radio Yandê, la première radio web indienne du Brésil.

Plusieurs artistes ont marqué cette première édition, dont deux invités, Tara Williamson et Maria Gadu.

Juão Nyn et Androide Sem Par

Androide Sem Par est un groupe de rock qui a été fondé en 2013 à Natal. Leur second album «Ruynas» a été enregistré en 2019 et reprend des thématiques relatives aux ancêtres, à l’immigration du nord-est du Brésil, aux droits LGBTQ. Rio Grande do Norte est l’état du Brésil qui enregistre le plus petit nombre d’Indiens autodéclarés (0,3% selon l’étude de l’IBGE, datant de 2010). Le vocaliste Juão Nyn explique son point de vue dans un interview:

«Le processus d’acculturation subit par les Indiens au cours de l’histoire est irréversible. Mais on ne peut pas s’arrêter dans le temps, dans des «Ruynes» maquillées, une cité sans histoire, au-delà des touristes et des identités diluées. Alors, je m’autodéclare Indien, c’est un choix politique».

Androide Sem Par, Colonya

Wakay Cicero Pontes est un musicien, compositeur, thérapeute holistique (une méthode de soin qui tient compte de la globalité de l’être humain). Il représente lui aussi les Indiens du nord-est et tente de préserver sa culture, à travers un riche répertoire chanté dans la langue Yathé, qu’il accompagne à la guitare, à la flûte, au violoncelle et au son de percussions. Il sort son premier album en 2000, “Matydy Ekytoá”, “Le chemin de tout le monde” et vit dans l’état de Bahia, dans le village indien Thá-Fene de la tribu Fulni-ô .  

Wakay
Wakay – Saxa Finyso (Regard infini)

Gean Ramos est chanteur compositeur originaire du nord-est du Brésil. Il lance son premier album en 2008, où il chante et rend hommage, entre autres, au peuple Pankararu.

Maria Gadu et Gean Ramos
Gean Ramos
Gean Ramos, Cartão Postal de Pankararu

Brô MC’s est le premier groupe de rap indien, dont les membres sont issus du peuple guarani kaiowá, dans le Mato Grosso du Sud, où de nombreuses terres indiennes n’ont pas encore été démarquées par les autorités. Fondé en 2006, à l’initiative du directeur d’école de l’époque, le groupe se produit aujourd’hui dans tout le Brésil et inspire d’autres formations, comme les OZ Guarani, installés au Pic de Jaraguá, en périphérie de São Paulo.

Brô MC’s
A Familia e Brô MC’s, Nehuma Gota a mais

Djuena Tikuna est une chanteuse du peuple Tikuna, dont le territoire se situe en Amazonie, dans la région du Alto Salimões, à la frontière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie. Son premier album est sorti en 2017 «Tchautchiüãne» et elle a été nominée en 2019 au Indigenous Music Awards qui a lieu chaque année au Canada. Elle est également venue accompagnée de l’un de ses parents, We’e’ena Tikuna qui est artiste, styliste et chanteuse.

Djuena Tikuna
Djuena Tikuna, Ngetchautumau
We’e’ena Tikuna

D’autres artistes venus du bassin amazonien se sont joints à la fête, comme Marcia Kambeba (Alto Salimões), les merveilleuses femmes Huni Kuni (Acre), Avó Bernadilna, 74 ans, (Raposa Serra do Sol) qui a interprété les chants Macuxi, les Sũraras do Tapajós (Alter do Chão, dans le Pará)

Sũraras do Tapajós
Sũraras do Tapajós
Sũraras do Tapajós
Avó Bernadilna
Mulheres Huni Kuni
Mulheres Huni Kuni

Katu Mirim est d’origine Bororo, elle est rappeuse et blogueuse installée à São Paulo. Elle participe à différents programmes musicaux et télévisuels. D’autres artistes ont donné le rythme à la soirée, comme Morena et Kessia, ainsi qu’Oxóssi Karajá, installé à Brasilia.

Oxóssi Karajá et Katu Mirim
Morena e Kessia
Afrojess, Kati Mirim, Marina Peralta, Retomada

Le rapé

Dans mes déambulations à travers le festival, j’ai également découvert le «rapé» indien.

Il s’agit d’un mélange composé de tabac et de plantes en poudre que les Indiens insufflent dans les deux narines et qui est généralement appliqué par le shaman de la tribu. La préparation et l’utilisation se réalisent lors d’un rituel spécifique, lié à un soin ou dans l’objectif d’accéder à une vision plus harmonieuse. Certains Indiens en font également usage de manière récréative. L’inspiration du rapé indique que la personne accepte l’énergie des esprits qui accompagnent le shaman, ses ancêtres et les êtres spirituels qui habitent la forêt. À travers le souffle de la fine poudre, le shaman stimule «une danse des énergies».

Les Amérindiens utilisent le rapé avec un long tube appelé Tepi, dont l’application nécessite deux personnes. Quant au kuripi, il est destiné aux prises individuelles.

Un shaman de la tribu Kuparak applique le rapé avec le Tepi.

Brève histoire du tabac

Avant la découverte de l’Amérique au XVe siècle, les Européens ne connaissaient pas le tabac. Ils fumaient d’autres trucs, comme la lavande, l’écorce de saule, l’eucalyptus… mais pas le tabac. L’événement en France qui va marquer le début de la consommation de tabac à priser se déroule en 1560. Jean Nicot, alors ambassadeur au Portugal, envoie des feuilles de tabac rapé à la reine Catherine de Médicis afin de soigner les migraines de son fils François II, en raison des vertus médicinales qu’on lui prête. Avant que le tabac se démocratise et qu’il devienne un véritable poisson dans les mains d’industriels véreux, il était d’abord réservé à une élite. Le terme «rapé» a été repris par les Portugais, aussi appelé, entre autres, «herbe à la Reine», «herbe à l’ambassadeur». À ce propos, le nom scientifique du tabac commun vient, pour une partie de Jean Nicot, «Nicotiana tabacum». Quant aux Indiens, ils utilisent le «Nicotiana rustica» qui peut contenir jusqu’à vingt fois plus de nicotine.

Peinture corporel au jenipapo

Une petite comptine pour finir en musique: «La servante au bon tabac».

La chanson populaire a été remaniée en 1760 par l’abbé Lattaignant, célèbre pour ces pamphlets politiques et ses poésies profanes. En outre, pour s’être moqué d’une famille de noble, l’abbé a été menacé. Par vengeance, il ajoute ces fameux vers, où il chante son refus de partager sa tabatière, qui est la plus élémentaire marque de courtoisie de l’époque.

J’ai du bon tabac dans ma tabatière,
J’ai du bon tabac, tu n’en auras pas.
J’en ai du fin et du bien râpé,
Mais ce n’est pas pour ton vilain nez!

Edivan Fulni-ô

Photographe freelance

Vincent Bosson photography

Vincent Bosson est photographe documentaire installé à São Paulo.

Réalisation de reportages pour médias, entreprises et particuliers

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